"La citadelle est calme, une lumière de miel baigne ma chambre, la fenêtre ouvre un rectangle bleu et or sur les rives du delta. Torrides sont lesjours et brûlantes les nuits du Fhaz. Très loin,autrefois, une forteresse sombra sans avoir été conquise. Elle s'appelait Deglène. Et Deglène avait ici son double miroitant.

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La mystérieuse structure se détache parfois du sol, coupée par une brume dense et bleue qui reflète le ciel. Ce navire semble indestructible ; sa texture minérale s'affine en montant vers le ciel ; elle pâlit et se polit insensiblement jusqu'à se confondre avec l'atmosphère. Quel artiste de génie a créé cette sculpture aux oiseaux blancs, comme une ultime écume des vagues, voletantau-dessus des parties hautes du navire. Deglène, du haut de son piton rampait dans la peur. Celle-ci n'a jamais connu l'usure du temps, elle a traversé des siècles intacte.

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Un autre décor se substitue à la chambre, un blockhaus. Il faut se réveiller, pour que cesse ce grondement de diesel, cette odeur fade d'huile.

Les sphères multicolores s'échappent de la pièce noire et montent dans le ciel comme des ballons d'enfant Des chevaux de feu galopent dans les marais, soulevant des éclaboussures visqueuses qui chutent sur le lit, sur le piano, sur Aphrodite, sur la ville de béton qui tue les vivants. La citadelle tangue dans la moiteur de la nuit.
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- Une rumeur ! Le Débatteur est perplexe. L'Observateur s'intéresse à une rumeur !
- Alors messieurs ? lance sèchement N°1.Personne ne peut fournir de précisions sur ce qui se passe dans le Fhaz ?
Silence général.
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La citadelle est silencieuse, indifférente à cette fourmilière qui s'agite à ses pieds. Un soleil agressif rétracte les ombres. Les premiers assaillants atteignent le pied des remparts, aucun incident n'arrête leur progression. Après avoir observé avec méfiance les chemins de ronde, les assaillants, examinent le pont-levis encastré dans le granit.
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Le piano à queue écarlate est en suspension dans l'ancienne chapelle de la citadelle. L'instrument et son tabouret sont maintenus à mi-hauteur de la nef par un réseau de câbles ; l'ensemble oscille, d'inquiétants reflets sanglants serpentent sur son corps laqué.
- Quel fou peut utiliser un tel instrument ? S'étonne Ophélie.
Le rire d'Albert éclate sous la voûte.
- Çà ne te rappelle rien Etienne ?
Une femme dorée s'empare de lui, ses cuisses chaudes l'emprisonnent, son ventre se creuse pour l'attirer. Dans une demi-conscience, il s'éblouit, boit ses lèvres, plonge dans son regard, un lac immense frangé de soie noire, le but ultime du voyage. Ses dents dessinent sur sa peau une douleur ronde, exquise. "Les bordels de Ptah ! Se toucher sentir l'autre à fleur de peau. L'angoisse chassée d'un coup par l'altérité".
Ses mains imprègnent de la liqueur ambrée, la peau de Christine, s'attardent sur les seins, redessinent le ventre avec les gestes hésitants d'un sculpteur qui verrait les formes de son ébauche échapper à sa volonté.
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Ils parviennent enfin au seuil d'une lagune piquée d'herbes et de branches mortes. Sur une levée de terre, des tamaris sauvages agitent en silence leur chevelure. Des appels d'oiseaux nocturnes fusent et retombent sur la terre amollie. Des bruits étouffés se font entendre, éclaboussures et piaffements. Devant lui, une poule d'eau s'enfuit dans un clapotis précipité. Des grillons, des crapauds, et des chouettes, jalonnent de leurs cris des étangs à peine visibles. Ils sautent dans la boue tiède, la terre les aspire. Sept chevaux surgissent d'un pas tranquille. Ils s'arrêtent brusquement, encolures arrondies, têtes dressées, flairant le sommeil des marais. Leurs longues queues fouettent d'invisibles insectes. Une vingtaine de mètres séparent hommes et chevaux, vingt mètres difficiles, ni terre ni eau....
Dans le paysage qui s'enfuit, la lagune ressemble à un immense miroir au tain dégradé par des siècles à refléter le ciel ; le galop furieux lui arrache des éclats d'argent terni. Etienne empoigne à pleines mains la crinière, allongé sur l'échine, ivre d'une sensation dont il ne sait si elle est terreur ou jubilation, il sent entre ses jambes la fureur animale qui l'emporte.
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Sur le haut du talus, quelqu'un pousse un gémissement puis se tait. Etienne tout étourdi, se relève. Alors qu'il s'apprête dans une demi conscience à porter secours à celui qui gémit une forme ruisselante s'extrait de la vase à quelques mètres de lui.
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Un crépitement furieux retentit, un geyser de flammèches monte vers le ciel et se répand en pluie sur les assaillants qui refluent en désordre. Le pont-levis s'abat soudain dans un fracas de chaînes ; de nébuleuses silhouettes jaillissent de l'ouverture, et dégringolent vers la mer.
- Ils s'enfuient, halte, halte ! Crie le chef d'assaut en aboyant des ordres.
- Laissez-les filer ! Ordonne Zolnod.
- Vous êtes fou ! Se révolte Aristide.
- Il le faut ! réplique sèchement Zolnod.