 Trois... les trois mousquetaires ! L'oeuvre d'Alexandre Dumas
s'impose à vous soudain. Ces héros de roman sont les paradigmes de vos trois
convives la chose vous saute aux yeux ! Qui serait Porthos du Vallon ? Force de la nature, excessif
en paroles et en actes, parlant haut, joyeux compère, gaillard à l'appétit
féroce, par jeu un brin vaniteux car pas infatué de lui-même pour deux pistoles
sans aucun doute c'est Gabriel Bacquier. Comme le héros littéraire il lisse
régulièrement sa moustache et darde son regard clair sur la compagnie goûtant
l'effet produit par ses déclarations. Aramis, chevalier d'Herblay ? À l'oeil noir et doux,
parlant peu, souriant beaucoup, hésitant entre la soutane et l'épée, galant
auprès des dames mais muet sur ses possibles bonnes fortunes ; Claudio Desderi
sans hésitation. N'allait-il pas déclarer au demeurant au cours de ce repas
qu'il rêvait d'incarner Basile des noces
de Figaro qu'il voyait comme un épigone de
Tartuffe, tirant toutes les ficelles chez les Almaviva ?
Restait le noble Athos, comte de la Fère au port de tête digne,
silencieux, observateur plus qu'animateur, riant peu mais relativement amène,
les paroles brèves et expressives, sans enjolivements ni broderies, une réserve
légendaire il était évident que le rôle conviendrait parfaitement à José Van
Dam. Finalement vous voici en bien chevaleresque compagnie ! « Ah ! » s'exclame Porthos avec une satisfaction non
déguisée puisque arrivent enfin les entrées. « Je sens que nous allons ravir nos palais », annonce
gourmand Aramis en humant son assiette avec délectation. « Bon appétit à tous », claironne joyeusement Athos en empoignant
d'un air décidé ses couverts. Oui bon appétit, messieurs ! Ô barytons intègres ! Convives
vertueux ! Voilà votre façon De dîner, serviteurs des lyriques maisons !
Allons bon voici maintenant que Victor Hugo s'empare de votre esprit et vous
parodiez Ruy Blas.
Décidément ces hommes ont sur vous une étrange influence... L'idée qui vous taraude depuis
qu'ils vous ont conviée à leur table se doit d'éclater au grand jour. « Messieurs ? » « Mmm ? » interroge Claudio Desderi dégustant son plat. Ses deux amis vous fixent d'un oeil rond, attentifs mais
trop bien éduqués pour oser parler la bouche pleine. « Je me demandais, vous ayant vus dans les nombreux rôles
que vous avez en commun, si vous en aviez la même conception... »
« Je pense qu'elles ne s'écartent guère », déclare Gabriel
qui a réussi à avaler sa bouchée.
« Au contraire je suis persuadée qu'il y a de profondes
divergences car vos personnalités sont nettement différentes, dans mon souvenir
chacun d'entre vous imprimait une marque particulière à ses personnages ».
« Vous avez sans doute raison », acquiesce José, qui
continue d'apprécier son entrée en fin gourmet.
« J'approuve aussi, mais de grâce finissons d'abord ces
mets remarquables avant que d'en parler », implore Claudio avec l'air d'un jésuite
soumis au supplice de Tantale.
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